Réactions du public après la Première du film Anonyme...

lundi 8 février 2010
par Ccil M.

Anonyme, train de nuit

C’est un film vrai et beau. Il parle bien de Bruxelles mais nous emmène au bout du monde et dans notre univers intérieur, avec une sorte de tendresse mâtinée d’humour...

Halles de Schaerbeek. Assis sur les gradins face à l’écran blanc suspendu dans le vide par des câbles, les gens se taisent et les images parlent. Les gens s’inscrivent à leur tour dans la fenêtre de la toile, rejoignent la houle des passants qui coulèrent, place de la Monnaie, durant quatre saisons devant la caméra d’Eric Smeesters.

Sur l’écran défilent des anonymes, le plus souvent inconscients de la présence de la caméra qui suit leurs mouvements qui ressemblent à une chorégraphie très ancienne, faite de gestes ébauchés, de fragments de sourires et d’attente, de flottements dans le vide. Parfois, ils lèvent la tête et captent l’oeil de l’objectif. Font signe à la caméra, rient, un peu gênés, puis vissent l’index sur la tempe, plus franchement. Bizarre, cet objectif qui fixe la vacuité de l’instant libéré dans la grande ville.

Le vent shoote dans un sac en plastique. Un type court derrière le sac. Tente de maîtriser sa course. Regarde cet objet qu’anime le vent invisible et la nature reprend ses droits dans le décor de béton, d’asphalte mais aussi d’arbres avec des oiseaux qui chantent sur fond de bruits de moteurs et de conversations.

Le vent danse, inscrit son mouvement dans la valse de la neige, une nuit. Valse des saisons. Jour/nuit/hiver/printemps, les images tournent et les êtres dansent leur vie. Là-dessus viennent les histoires racontées par des gens qui ont confié à Eric Smeesters le souvenir d’une rencontre anonyme, sans suite. Les mots se collent aux images, remplissent le vide, prennent toute leur force. Des histoires, étrangement, des histoires venues d’ailleurs, recoupent la trajectoire des destinées qui se croisèrent place de la Monnaie, durant un temps donné. C’est un poème tissé d’émotions exprimées par les corps, par les voix. la bande-son de la cité. L’ensemble vibre comme un air d’opéra, devant les portes de la Monnaie. Rejoignent les costumes et les voix qui dorment dans la maison de musique qui sort d’un conte de fées.

Voici un air de guitare qui s’emballe, des musiciens de la rue allègent l’atmosphère sur un air de printemps. Les gens s’installent sur les bancs et réchauffent leurs os au soleil timide. Le ciel fait rouler des nuages jusqu’au crépuscule, revient la nuit et recouvre d’autres ombres. Le film anonyme, étrangement, finit par donner une identité à la ville. Une identité multiple et mouvante, visage aux traits flous que le cinéaste fixe, un temps, celui de retenir le souffle des secondes qui déferlent. Chapeau l’artiste. Tu as capté l’insaisissable, l’éphémère. L’humain. Tu as débusqué la solitude dans la foule mais réussi à faire chanter d’une voix des voix silencieuses. Après le film, comment ne pas voir la ville avec le regard de la caméra d’Eric, , ensuite, après être sorti des Halles de Schaerbeek. La rue dégringole la colline vers la gare du Nord, où, à l’arrière du vaste bâtiment, dorment déjà des sans abri dans une odeur âcre, corps emballés dans des sacs, jetés sur le sol, épars. Anonymes que l’on voudrait dévoiler, révéler à la face du monde. Injustice. Et les voyageurs montent dans les trains, en débarquent, passent, tandis que la ville se fait et se défait, à l’infini, emportant ses destinées vers de lointains rivages.

A balancer par la fenêtre...

Marcel L.

La vraie vie n’est pas ailleurs

Contrairement à ce que dit le professeur de la VUB : la vraie vie n’est pas ailleurs. Qu’entend-il d’ailleurs par vraie vie ? La vie professionnelle, familiale et sociale sans doute ? Ce que ce film suggère, c’est une autre vie tout aussi importante : la vie intérieure, de chaque individu, isolé, pour un instant… place de la Monnaie.

Isolé comme devant un néant qu’il lui faut peupler, mais de quoi ? Les regards donnent toutes les réponses possibles : de souvenirs ? de questions ? de doutes ? de fantasmes parfois, comme le gars qui shoote dans un sac en plastique devenu ennemi, comme pour se défouler. Un autre semble isolé dans sa paranoïa, celui qui se sent observé par la caméra et que ça gêne. Tous ces gens s’assoient là un instant pour… pour penser ? méditer ? juste se reposer ? Pourquoi ne nous posons-nous pas toutes ces questions quand nous passons vraiment Place de la Monnaie, ignorants de tous ceux qui y sont assis ? Le film nous ouvre les yeux…

Ce qui ressort de l’ensemble, c’est une extrême solitude individuelle. Alors, les voix off sont vraiment les bienvenues : car elles parlent de rencontres fortuites, qui rompent justement cette solitude. Comme si tous ces gens assis Place de la Monnaie n’attendaient que ça : ce que racontent les voix : l’un trouve une aide dans son malheur, l’autre, malgré son âge, trouve le bel homme qui prend le temps, le grand noir qui la fait rêver, etc. Il y a donc bien un lien intime, même s’il n’est pas voulu au départ, entre ces images et les voix off.

Et enfin : quelle grandiose interactivité naît de la vision de ce film… Chaque spectateur emplit chaque image, donne un sens à chaque solitude, à chaque regard… Je parie qu’il y a autant de versions de ce film qu’il y a eu de spectateurs…

Voilà un film qui fait penser, qui fait rêver, qui fait douter… qui nous fait nous pencher sur l’être humain que l’on ignore dans la réalité…

Et le véritable acteur sans doute en est le temps. Un peu comme si chaque personnage, assis là, ou debout là, échappait au temps, faisait une pause, parfois se rapprochait de la mort… et remettait tout en question, quelques minutes, quelques secondes… C’est fou ce qu’un regard silencieux peut en dire long…

Enfin : images magnifiques des éléments, de la nature, de la matière… Bref, un film magnifique qu’on a envie de revoir, sachant très bien qu’à chaque fois, on y verra autre chose…

Françoise W.

Heureusement d’ailleurs

C’est un film qui a le souci de l’autre

C’est un film sur les petits rien qui sont l’essence même de la vie

C’est un film pour ceux qui sont dans le vrai

J’ai aimé le regard que le cinéaste a posé sur cette place

Il faut être courageux et téméraire pour oser faire un premier film comme celui-là

C’est un film sans concessions

J’ai aimé le petit vieux qui va s’asseoir dur le banc derrière le camion, la fille qui téléphone au loin devant la monnaie, le bruit du vent , la solitude de cette place quand il neige, les solitudes mises côte à côte sur le banc... et plein d’autres choses encore

Certes il faut se laisser aller

Certes les jeunes qui verront ce film vont certainement avoir du mal au départ, certes il n’ira pas aux oscars. Et heureusement d’ailleurs...

Je suis émue et très fière d’avoir participé à ce film

Parce que ce regard est unique, particulier et audacieux

Parce qu’après une semaine, je pense encore à ce film tous les jours...

Florence G.

Une bien belle soirée ce vendredi !

Cette lenteur, cette merveilleuse lenteur qui donne toute sa chaire à ce mystère de la rencontre...

Il y a une séquence qui m’est apparue particulièrement marquante et signifiante. C’est celle où le cinéaste filme longuement, longuement une feuille qui roule, de ci delà, comme le vent la pousse...oui, elle roule de ci delà paisiblement, sans heurts, elle déambule au gré du vent, elle est docile ne cherche pas à résister à ce mouvement d’aller et retour, elle ne semble pas subir son destin mais tout simplement elle semble vivre ce qui lui est donné de vivre à chaque souffle. Elle reste belle, elle vit selon les impulsions du vent et semble rester tout à fait intacte, docile, consentante... et elle reste si belle, indemne de toute laideur. Elle reste ouverte à ces mouvements où l’entraine le vent, elle ne résiste pas, elle accepte et est prête à accueillir tout autre impulsion qui lui viendrait de dieu sait où. J’ai particulièrement été marquée par cette séquence, elle est, pour moi, tellement significative d’une certaine acceptation paisible à la vie.

Le thème même de la recherche c’est la rencontre avec l’autre au travers de tout petits riens, moins que riens, la découverte de l’autre, le contact avec l’autre, la relation à l’autre si souvent enfermé dans sa solitude et n’est-ce pas à partir d’une certaine disponibilité intérieure, une ouverture à l’autre que cet "événement" (eh oui, c’est un événement") peut se produire ? Et c’est là, je trouve, que ce film parvient à exprimer : cette sensation de disponibilité intérieure, cette sensation "temps" qui émane du film et qui en est le terreau essentiel .

Nicole G.

Une invitation à plus de lenteur

Cela m’a fait penser à l’esprit des haïku : cette attention délicate à des détails, du presque rien, en un mot le ténu qui recèle des pépites de vie. Parfois des choses essentielles.

Film imprégné d’ouverture, respect, curiosité, humanité, humour, sens poétique, générosité.

J’ai aussi aimé le bel équilibre entre le son et l’image. C’est de la haute voltige !

Puis ces textes en off. La force du off, ces voix qui pénètrent dans notre moi intime.

Puis... pas trop de textes. Juste ce qu’il faut.

Puis cette invitation tacite à un peu plus de lenteur, à nous arrêter. Pour capter la vie.

Evelyne W.

Comment résister ??

Je garderai longtemps le souvenir de ce film dans ma mémoire, il m’habite encore entièrement ce matin...

Et ce gros-plan de cet Africain, ses yeux, son capuchon..tout son rire intérieur... !

Et ce vent qu’on entend, qu’on sent, qu’on voit...

Ces pigeons.... Ce sac de plastique....Et tout ce que les images ne disent pas, mais disent quand même...

Et les histoires choisies ! vraiment, quel beau métissage entre ces trois plans : l’image, le son de la place de la Monnaie, et les histoires orales...

Monique M.

Une invitation au spectateur lui-même

Ce regard calme, patient, tendre envers ces inconnus qui traversent simplement le champ de la caméra, ou qui se mettent à exister aux yeux du spectateur.

Le débat entre des spectateurs, au sortir du film, tournait autour de la notion de rencontre. Y en avait-il, n’y en avait-il pas ? Est-ce vraiment le bon débat ? Je ne crois pas.

Je crois que ce film est une invitation au spectateur lui-même : la rencontre que vous ne trouvez peut-être pas dans les images, c’est à vous à la susciter à la vivre. Et justement, en contrepoint de l’image, intervenaient ces histoires vécues par des personnes inconnues que la caméra ne montre pas. Des histoires de rencontres réelles, des petits instants de vie, superbes ou dramatiques, que chacun vit, que chacun peut vivre. Pour moi, ces histoires racontées, c’est comme si le narrateur les chuchotait à l’oreille de chaque spectateur assis devant l’écran. Et c’est alors le spectateur qui se met en scène, qui se met à vivre sa propre histoire.

J’étais très ému par ces images, ces gens et ces objets qui dessinent des trajectoires parallèles, qui se recoupent à un moment, on ne sait pas trop bien comment ni pourquoi : par un regard, un sourire, un coup de vent...

J’étais ému d’entendre la voix de Nicole, sa façon toute simple et pourtant tellement belle de raconter, j’étais ému d’entendre Anne-Sophie... C’est tout autre chose d’entendre que de lire... J’en arrivais parfois à oublier l’image, tellement ces témoignages étaient puissants, prenants...

Merci Eric, merci pour ce film, merci pour ces moments de poésie vraie, profondément humaine ; merci d’avoir suscité chez tous ces conteurs l’envie de faire un petit bout de chemin ensemble, de créer ensemble, de mener ensemble à son terme un projet difficile. C’est ça aussi qu’il y avait derrière tes images, et je crois que tous les conteurs actifs l’ont bien compris. Je pense ce matin à Nora, à Catherine, à Pascale, à Madeleine, à Marcel, à Nicole, à Ariane... à tous ces conteurs qui ont vibré par ce film, qui ont senti qu’il se passait quelque chose en eux, de l’ordre de la découverte de l’autre, de la tendresse humaine,

Pour moi, ce film n’est pas seulement un projet cinématographique, c’est avant tout une manière personnelle d’exprimer ce que tu ressens sur la solitude, la détresse humaine, le désir de l’autre, l’envie de parler, de communiquer, de vivre un petit instant privilégié avec une personne inconnue.

Merci et bravo. J’ai hâte de voir le suivant.

Michel D.



Commentaires

mercredi 10 février 2010 à 13h43

Et filmé les fleurs jetées par brassées entières de la foule en délire ? ;-) Michel

Logo de Milady R.
mardi 9 février 2010 à 21h48, par  Milady R.

quelqu’un a enregistré les applaudissements ? ;-)

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