Un anonyme n’est pas un inconnu

Tout débuterait toujours par du noir...
mercredi 17 mars 2010
par Milady R.

J’étais dans le public le soir de la première de Anonyme...

3 temps de vies. Mille vies pour une.

Tout débuterait toujours par du noir, jais, trou, creux, antre, origine, point. Un truc en moins. En attente. En latence. En apprivoisement naissance. En préliminaire racine.

Bref, un court récit d’un soi en devenir, comme on dit à l’époque du développement personnel. Bref, bref, un court instant avenir. Habile tergiversation du néant, il fait espérer. Et là, ça vient.

J’étais au premier rang.



JPEG - 14.7 ko Une ébauche, un brouillon, un Adam, une particule sous influence de parthénogenèse. Un œil regarde. L’image s’ouvre à tous. A tout. Possible et imprédictible. L’histoire sursoit : Quelqu’un à deux yeux bien ouverts bien reliés s’est assis sur la Place de la Monnaie pendant une entière année sympathique, saisonnière, cyclable. Une envie de voir le Vivre-Ensemble. Un Ange déchu en forme de blondinet sur son cul dit « Venez à moi ». Certains sont venus, incrédules, naïfs, blasés, vieux, apprentis, rieurs, pleureuses, chanteurs, vases communicants, compressées, contorsionnistes, sans docilité fixe, à rebours, vivants.

J’étais au dernier rang. Je n’ai su qu’après, du coup, j’ai tout vu.

Et je me suis sentie bien. Là, au milieu d’eux.



JPEG - 11.9 ko Eux ? ben, ils étaient partout dans les rangs, dessus, dessous, autour. Ils ont dit avoir fixé les yeux en face du petit oiseau qui va sortir. Juste un temps de pause entre mille issues possibles. Leur bouche ouverte à tout vent, neige. Monnaie entre les cieux. Pavés entre les dents. Émois entre les ventricules. Paroles, paroles, paroles. Des Dalida, des Samson, des Circé, des Ulysse, des Noé, des Mahomet, des Bouddha, des Marie-Couche-Toi-Là, des Ça-ira-ça-ira, des Ça-va-pas.

Tous venus. Métrage de l’invisible. Fabrique d’un monde. Là, ils étaient là, venus.

Berne du noir, on (je) ne les voit pas mais on (je) les entend. Voix d’un au-delà précis sur la carte. Bruxelles, d’abord. Un continent, ensuite. Une cosmogonie pour dire nous sommes tous là.

On (je) raconte quoi là déjà ? Je sais plus trop… Un sac vole, tout le monde rêve qu’une main, au dessus, tire la Ficelle. Comme ça ?




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Les mains ont clappé.

Il faut dire que pendant le temps noir, une voix est montée. La main a été sentie, près de la joue. Caressante. Une autre voix l’a surprise. La peur, l’angoisse, le retrait du monde ? On (je) ne sait pas ce qui se passe dans la tête d’un anonyme.

Consolation d’un échange de quatre mots ? Imaginons que ces quatre mots soient sortis d’anonymes étrangers, étrangers, extérieurs à soi et que lorsqu’on rêve d’eux, on (je) voit des milliers de mains collées aux pavés, des gens qui marcheraient leur tête en bas, ou leur tête qui serait des chiens mous, ou qu’ils auraient des pattes de moineaux, ils seraient des fantômes avec des os de poulets…

Finalement, nous ne savons rien de ces gens. Le meilleur et le pire en un petit temps de rencontre ? Un serial killer au milieu d’eux. Une cigogne de pouponnière entre deux. J’étais au premier rang, j’ai même pas eu peur.



Et puis, j’ai écrit dans le noir.

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JPEG - 28.7 ko Ils ont rallumé. J’ai regardé autour de moi. Des ombres, des lumières, des silhouettes, des floutés, des mouvements. Des gens assis. Des voix debout résonnaient encore. Mon cahier, plissé entre mes cuisses, témoin d’un moment d’intimité avec trop de gens pour mes yeux.

Comment fait-on pour se sentir au milieu des Autres ? J’ai fixé les chaussures, les chevilles, les nœuds de lacets, les ourlets. Je n’ai plus levé le regard pendant ces après eux là. J’étais au premier rang, assise, mais en vrai, j’étais dans l’écran.

Après, un autre noir est arrivé. Moins dense, moins opaque, moins couvrant. Une sorte de voile efficace mais doux. Les portes se sont ouvertes. Les anonymes, les autres, des gens avec un nom, à demi-mots, sortaient. Des bravos dans les commissures. Des bières contre les phalanges. La fin avait sonné. Je suis restée assise un temps, défini, long, doux.

Le bar a claqué ses portes de frigo. Je me suis retournée, j’ai offert un verre (en bouteille) à Eric Smeesters. J’ai dû faire demi-tour, j’ai dû me remettre au premier rang. J’ai dû attendre… attendre ?


J’attendais le balayeur, ou le déluge, ou le prince charmant, ou la suite mais ça, c’est dans les films.



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Puis, je suis partie sinon, je crois que je serais restée.



Commentaires

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mercredi 17 mars 2010 à 18h48, par  Milady R.

merci si, si à toi Eric.

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